Des étoiles jaunes sur les vitrines
Deux magasins rue de la Croix-Nivert à Paris dans le XVe arrondissement,
maculés d'" une peinture jaune, épaisse, dégoulinante ".
Commentaire à la sortie d'une synagogue : " Il y a comme un vent mauvais "
Judith Schlumberger Le Journal du Dimanche - Dimanche 24 février 2002
Hier matin, Sheila était encore sous le choc. " Cette histoire me met extrêmement mal à l'aise ", soupire cette commerçante du 15' arrondissement de Paris, installée depuis dix-huit ans rue de la Croix-Nivert, un quartier plutôt calme et bourgeois. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des inconnus ont peint une étoile de David jaune de 50 centimètres sur la vitrine de son magasin de jouets. Un peu plus loin, une épicerie casher a subi le même sort.
Jamais de tels actes antisémites n'avaient été commis depuis la Seconde Guerre mondiale dans ce quartier proche de la tour Eiffel. Quelques heures après les déclarations du Premier ministre israélien Ariel Sharon, qui se disait mercredi " très inquiet " pour les juifs de France, la trace de Ces deux étoiles risque de raviver encore la polémique autour de la recrudescence de l'antisémitisme qui, depuis deux mois, agite la communauté juive française.
Les coupables n'ont laissé aucun indice. " Quand je suis descendue de mon appartement pour ouvrir mon magasin, vendredi matin, j'ai tout de suite vu que le grillage de protection avait été retiré, explique Sheila. J'ai d'abord cru à un cambriolage. " Mais elle se rend vite compte que rien n'a été touché et que personne n'a pénétré dans la boutique. Sheila voit juste cette peinture "jaune, épaisse et dégoulinante ", qui rappelle celle utilisée par les nazis dans l'Allemagne des années 30 pour désigner à la vindicte publique les magasins juifs. " Moi qui suis née après la guerre, je ne pensais jamais voir une chose pareille ", poursuit la commerçante.
" Ce n'est pas un petit tag ou un graffiti en passant, comme on peut en voir de temps en temps ", constate Thierry Lachkar, porte-parole du Bnai B'rith, une association juive internationale qui, en octobre dernier, organisait à Paris un colloque sur les nouveaux visages de l'antisémitisme. " Le plus inquiétant, c'est la dégradation du magasin de jouets, dont rien n'indique, contrairement à l'épicerie casher, qu'il appartient a une personne de la communauté. "
Les deux commerçants ont déposé plainte vendredi pour dégradation volontaire. Dans l'après-midi, les deux étoiles avaient disparu. "J'ai eu beaucoup de témoignages de sympathie, raconte Sheila. Je connais tout le monde ici, j'ai vu grandir les enfants. " Hier matin, alors que le jour n'était pas encore levé. elle est allé inspecter la devanture de son magasin. " Je n'arrivais pas à dormir. "
Hier, à la sortie de l'office de shabbat, à la synagogue de la rue Chasseloup-Laubat, l'ambiance n'était pas tendue mais grave. " Il y a comme un vent mauvais, expliquait un père de famille. Et ce qui me gêne le plus, c'est le silence des pouvoirs publics. lis doivent dire que ces gestes ne sont pas anodins, et non faire le gros dos. "